Tous ces phénomènes récents de centralisation sont naturellement liés à la standardisation non seulement de la production mais également de la distribution des produits, et de fait des modes de consommation en Europe. Les développements des réseaux de communication physiques comme informationnels les ont rendus possibles. Cependant, il faut garder à l'esprit que ces tendances d'organisation à un niveau supranational sont encore émergentes, et leur mise en place est étroitement liée à la taille des firmes. Il s'agit de tendances et de volontés d'adaptation qui sont réelles, mais pas toujours traduites dans la réalité autant que l'on pourrait s'y attendre. Il reste de nombreux obstacles à une distribution large des produits au niveau européen - et qui plus est mondial -, liée à des goûts qui peuvent être fondamentalement différents d'un pays à l'autre, à des critères purement techniques (telles les prises de courant électrique pour les produits ménagers), ou encore réglementaires (étiquetage des produits dangereux par exemple), etc.
La volonté de transformer les structures de distribution nationales en des structures supranationales est en tous les cas clairement exprimée dans toutes les enquêtes. Les résultats d'une étude de type Delphi, réalisée par l'Université de Cranfield en 1994, indiquaient que les professionnels de la logistique considéraient les structures paneuropéennes comme étant les moins répandues au début des années 90. Mais ils considéraient qu’elles devaient venir en seconde position au cours de la prochaine décennie, après les structures nationales comportant un seul niveau de distribution, tandis que les structures nationales comportant deux niveaux se voyaient ainsi rétrogradées à la dernière place.
Une autre enquête, réalisée en Europe en 1996 auprès de 300 multinationales, donnait des résultats comparables (O'Sullivan, 1997 - Logistics Information Management). Ces réponses indiquaient que les organisations logistiques de ces multinationales se tournaient clairement vers l'Europe, avec une préférence pour un entrepôt central, c'est-à-dire un centre de distribution européen, et des stocks régionaux (le terme de région est à comprendre ici dans le sens de région paneuropéenne, car les entreprises de l'enquête avaient toutes une production et une distribution internationales). Ces organisations, considérées comme étant idéales par ces multinationales, doivent donc succéder à des réseaux de distribution qui étaient jusqu'à présent basés sur des structures nationales. Les résultats de cette enquête mettaient également en avant la concentration des sites de production qui sera évoquée plus loin, ainsi que le rôle essentiel des centres de groupage / dégroupage, ou plates- formes, évoqué précédemment.
La mise en œuvre des politiques de réduction des stocks a conduit à remplacer certains centres de stockage par des plates-formes, ces derniers se situant le plus souvent en aval du réseau de distribution. Leur fonction consiste à massifier les transports sur longue distance afin d'en réduire le coût. Cependant, la centralisation des réseaux et leur réorganisation à un niveau paneuropéen, en accroissant les distances, ont aussi conduit certaines firmes à réintroduire des stocks régionaux. La qualité de service étant un critère prépondérant de sélection pour les clients, ces stocks leur permettent de respecter les délais de livraison, notamment dans les régions où la congestion devient problématique. Certaines tendances, en apparence contradictoires, de réduction et d'augmentation simultanées du nombre des plates-formes, concernant en particulier des multinationales, peuvent ainsi s'expliquer.
Par ailleurs d'autres firmes, et notamment des grands distributeurs, introduisent aujourd'hui en amont de leur réseau de distribution des centres de groupage / dégroupage. Ces plates-formes correspondent à une notion assez récente dite de mutualisation des envois, et se justifient en général par un nombre important de petits fournisseurs. Leur vocation est naturellement de massifier les transports, et ils permettent ainsi aux petits fournisseurs d'expédier sur le plus proche de ces centres des envois consolidés. Ces envois étaient donc auparavant fractionnés pour être livrés jusqu'aux différents centres de distribution des clients. A partir de ces plates-formes, la firme cliente peut constituer des lots complets avec des produits issus de fournisseurs différents, et les expédier sur ses centres de distribution. C’est ainsi qu’il y a quelques années les quatre principaux distributeurs britanniques du secteur alimentaire, Tesco, Sainsbury, Asda et Safeway, ont implanté des centres de groupage en amont de leurs propres centres de distribution, leur permettant de réaliser, d'après eux, des gains substantiels. La majorité de ces plates-formes sont sous-traitées à des prestataires extérieurs, et ont été partagées à cette époque-là entre les quatre distributeurs. L'évolution de ces réseaux de la grande distribution a été représentée sur le schéma suivant.